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  • : Le blog de Isabelle OHMANN
  • : Articles sur l'histoire, la philosophie, l'art de différentes civilisations
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Isabelle Ohmann vous présente ce blog culturel pour partager avec vous le fruit de ses recherches.
Elle anime depuis 25 ans des activités culturelles, conférences, stages et séminaires sur des sujets ayant trait à l'histoire, la philosophie et l'art.
Elle intervient dans de nombreuses associations et apporte sa contribution à différentes publications.
Elle anime des voyages culturels vers différentes destinations (voir rubrique spécifique dans ce site).
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Voyages culturels

Isabelle Ohmann accompagne différents voyages culturels :

Florence des Médicis du 20 au 24 février 2010

Pérou, sur les traces des Incas du 2 au 13 avril 2010

Prague, ville magique du 23 au 27 octobre 2010

Pour plus dinformations, consultez les pages de ce blog
27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 22:04

Les sens nous gouvernent-ils ? Nul doute si l’on s’en tient à la tendance toujours plus sensationnalistes des images et des objets qui nous sont proposés. Mais toutes les traditions ont enseigné une modération des sens. En Orient, l’hindouisme nous apprend à les remettre à leur juste place et à s’en rendre maître.

 

Nos cinq sens (ouïe, toucher, vue, goût, odorat) sont des portes ouvertes sur le monde extérieur. Mais Platon parle déjà de l’illusion des sens. Car les sens nous trompent. L’exemple du bâton dans l’eau le prouve. Lorsqu’on plonge un bâton dans l’eau, nous percevons son image comme brisée : la partie demeurée à l’extérieur de l’eau forme un angle avec celle immergée. Mais ce n’est qu’une illusion d’optique que l’on constate en retirant le bâton de l’eau.

 

Nous ne pouvons donc pas baser notre connaissance du monde sur les sens. Il nous faut mettre en jeu le mental pour trier et classer les sensations qu’ils nous procurent. Car comme le dit le philosophe hellénistique Plotin, «la sensation est notre messager, l’intelligence est notre roi.» Considérés comme les grands coupables de la civilisation judéo-chrétienne, les sens ne sont en fin de compte que de simple capteurs. C’est de leur maîtrise par le mental que dépendra notre progression spirituelle.

 

La sensation peut l’emporter sur la raison

 

La sensation, cette impression psychologique qui naît de la stimulation des sens, peut sortir de son cadre et s’imposer à nous. Elle devient alors pulsion irrésistible ou obsession. Commence alors un parcours effréné pour satisfaire ce besoin ressenti comme une nécessité. Pourquoi tant de gens se précipitent-ils pour voir des films d’horreur, si ce n’est par recherche de sensations fortes ? Et qui ne s’est jamais étonné de voir un médecin fumer ? Du fait de sa nature instinctive, la sensation l’emporte souvent sur la raison.

 

Bien plus, aujourd’hui, la plupart d’entre nous souffrons de surcharge sensorielle, résultat d’un bombardement constant de la part de notre société de consommation qui s’évertue à éveiller nos sens pour attirer notre attention et nous séduire. Nous sommes sans arrêt soumis à des agressions visuelles, des sons stridents, des couleurs tonitruantes ou des situations dramatiques.

 

Comment apprendre à mettre les sensations à leur place ? Car si nous ne les disciplinons pas, elle nous domineront par leurs exigences incessantes. Devenus les otages des sens, nous perdrons pied dans la quête intérieure.

 

Maîtriser ses impressions sensorielles

 

Le contrôle des sens est une étape indispensable du parcours de celui qui veut conduire son esprit vers les plus hauts sommets. La première vertu à développer est bien entendu la modération, prônée par toutes les voies traditionnelles en Orient comme en Occident. Parmi les péchés capitaux des sens, il y en a de plus difficiles à vaincre que d’autres. Ainsi le goût et le toucher qui ne sont satisfaits que par un contact intime, exercent-ils une pression plus forte que la vue, l’ouie ou l’odorat qui maintiennent une certaine distance avec l’objet. C’est pourquoi l’abstinence et le jeûne se retrouvent-ils au départ de toutes les voies spirituelles.

 

Il nous est impossible d’exercer un quelconque contrôle de notre mental si nous ne maîtrisons pas nos impressions sensorielles. En détachant notre conscience des impressions négatives, nous renforçons l’immunité de notre mental et le libérons pour vivre des expériences intérieures plus profondes. Nous devons donc apprendre à nourrir nos sens pour provoquer des impressions mentales adéquates. La plupart d’entre nous faisons attention aux aliments que nous absorbons et aux personnes que nous fréquentons. Mais nous ne sommes pas aussi regardants au sujet des impressions avec lesquelles nous alimentons nos sens. Nous acceptons, par l’intermédiaire de la télévision par exemple, des personnes et des situations que nous ne tolèrerions pas dans notre vie. Pensons-nous qu’elles n’ont pas d’effet sur nous ? Nous devons en prendre conscience. Les sensations violentes, par exemple, émoussent le mental et poussent à agir brutalement.

 

Le retrait des sens

 

Selon l’Ayurvéda (1), la médecine traditionnelle hindoue, les impressions sensorielles sont les principaux aliments de l’esprit. La voie du yoga offre de nombreux outils pour les gérer correctement.

Une des façons de contrôler nos impressions est de les effacer complètement, de faire un jeûne en quelque sorte. On peut s’asseoir les yeux fermés et se retirer en soi-même. Ce retrait des sens est comparé, en Inde, à une tortue qui rentre ses membres sous sa carapace. Profiter des vacances pour faire un jeûne médiatique peut s’avérer très bénéfique.


Nous pouvons également essayer de contrôler nos sens sans les fermer mais en retirant notre attention de leur objet. En gardant les yeux ouverts, nous dirigeons notre attention vers l’intérieur ; de la même manière nous ramenons mentalement un à un tous les organes de nos sens vers l’intérieur.

Une autre façon pour purifier l’esprit et contrôler les sens est de se concentrer sur une source d’impression uniforme : un ciel ou une mer bleue. Comme notre corps peut se ressourcer dans les monodiètes (où l’on ne consomme qu’un seul aliment) notre mental peut nécessiter l’absorption d’impressions simples et homogènes pour faciliter sa digestion.


Une autre manière de contrôler les sens est de créer des impressions positives. Contempler des objets naturels, comme les arbres, les montagnes, les fleurs ou visiter des lieux chargés d’impressions positives comme les temples, les lieux de pèlerinage. L’écoute de musique douce, la contemplation d’œuvres d’art, l’usage de parfums de bonne qualité aident à raffiner les sensations.


Une autre technique de retrait sensoriel consiste à se concentrer sur les impressions intérieures en retirant notre attention des impressions extérieures. La concentration sur sa respiration est la méthode la plus simple et la plus efficace. Une autre méthode est la visualisation. La plupart des techniques de méditation emploient la visualisation comme outil pour entrer en soi-même et s’abstraire du monde extérieur.

Mais ces méthodes sont simplement préparatoires. Car les yogis nous rappellent que le mental est le sixième de nos sens et qu’il convient de le maîtriser également. Car lorsque le mental est contrôlé, les sens le sont aussi automatiquement. Mais ceci est une autre histoire.

 

 

 

(1) lire à ce sujet l’ouvrage de David Frawley, Yoga et Ayurvéda, autoguérison et autoréalisation de soi, aux éditions Turiya.

 



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article rédigé par Isabelle Ohmann - isabelle.ohmann.over-blog.com
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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 21:56

Pour échapper à l’emprise de notre monde artificiel, la méditation est une pratique de plus en plus recherchée. Favorisant le retour sur soi dans le calme et la solitude, le recentrage et le contact avec une autre dimension de soi-même, la méditation apparaît comme l’outil essentiel de la vie intérieure et l’antidote à une vie désenchantée et dépourvue de signification.

 

Une pratique millénaire

 

La méditation est une tradition dans toutes les voies spirituelles. Elle est considérée comme l’une des pratiques les plus élevées dans les religions millénaires comme dans les voies traditionnelles telles que le yoga ou les arts martiaux.

La pratique de la méditation entraîne la libération de l’activité mentale. Le mental est agité par des désirs alimentés par les sensations. La méditation permet de déconditionner le mental des impressions du monde extérieur et de sa propre subjectivité. De la même manière qu’il existe certaines règles pour répondre aux besoins du corps, comme la nourriture et les exercices, l’esprit a besoin d’une hygiène et de certains aliments pour pouvoir s’élever et atteindre le plan spirituel.

 

La méditation, une expérience transformatrice

 

La méditation est l’art de l’introspection. Elle nous ramène vers le centre de nous-mêmes, ce lieu intangible où nous sommes hors d’atteinte des fluctuations de la vie, notre montagne intérieure dont le sommet est toujours éclairé par le soleil de l’esprit. La méditation nous rappelle qui nous sommes vraiment en nous permettant d’expérimenter la puissance de notre être intérieur, qui nous remplit de joie et de plénitude. Elle nous rapproche du divin qui est en chacun de nous.

 

Dans cette perspective la méditation devient une éducation de soi, une préparation secrète de nous-même face au monde incertain et éphémère. Loin de nous écarter du monde ou de nous affaiblir, la méditation, au contraire, renforce notre participation intramondaine et nous permet d’agir avec plus d’efficacité. Elle nous donne équilibre et assurance parce qu’elle fait naître en nous des racines célestes, qui tirent leur sève de notre nature spirituelle et non pas des succès temporels. Elle nous permet de vivre notre vie avec plus d’intensité car elle nourrit une attitude d’acceptation fondamentale face aux événements. Au lieu de réagir avec intensité et rigidité face aux difficultés de l’existence, réactions qui provoquent des douleurs psychologiques et parfois physiques, nous développons une attitude d’accueil aux situations successives dans lesquelles nous plonge naturellement le cours de la vie. Elles ne sont que le décor dans lequel évolue l’acteur qui réside au plus profond de nous, le cadre qui offre la parole à cet être incorruptible cherchant à s’exprimer à chaque instant.

 

Comment méditer ?

 

Dans les voies traditionnelles, la méditation est considérée comme un état qui se conquiert d’abord par la purification : purification du corps au moyen de la modération et de l’abstinence, incluant des périodes de jeûne, chasteté, etc., mais aussi d’une discipline telle que le yoga ou les arts martiaux traditionnels ; purification de la pensée et des sentiments au moyen de la prière et d’une vie éthique, c'est-à-dire un comportement animé par les qualités morales et tourné vers les autres et vers un idéal de perfectionnement.

 

Ces préalables étant acquis, il est conseillé d’être initié à la méditation par des personnes qualifiées. Il est recommandé une pratique régulière, humble et patiente, car l’expérience spirituelle éclot en chacun lorsqu’il y est prêt.

 

Il existe en fait deux types de méditation : la méditation avec objet, qui implique la fixation de l’attention sur une forme un son ou un objet et la méditation sans objet qui est le véritable but à atteindre.

 

La porte d’entrée pour la méditation est la concentration. Si l’on ne parvient pas à fixer son esprit en un point, à calmer ses agitations incessantes et à contrôler ses vagabondages, il n’est pas possible de vivre l’expérience de la méditation. En fait, peu de gens peuvent vraiment se concentrer. Nous ne pouvons éviter de penser et notre mental est sans cesse actif. Même si l’on reste en mouvement, on ne cesse de penser. Il faut donc dans un premier temps acquérir un état de quiétude mental.

La première chose à apprendre est de s’absorber complètement dans ce que l’on fait, sans penser au passé ou à l’avenir, ou à toute autre chose. Ramener le mental dans le présent permet de concentrer notre énergie sans nous disperser. En atteignant l’état de concentration, on amène le mental au silence. Aussi, la plupart du temps, les techniques modernes dites de méditation (concentrer son regard sur une bougie ou sur une image) ne sont-elle que des versions actuelles de techniques ancestrales de concentration.

 

Devenir spectateur de soi-même

 

Une pratique simple, que l’on peut faire dans n’importe quelle situation, dans la rue, à la maison ou au bureau, c’est de diriger l’attention sur le corps, le parcourant mentalement de la tête aux pieds pour le détendre pendant une minute. On peut ensuite diriger son attention à l’intérieur de soi en essayant de prendre conscience des pensées qui traversent notre esprit ; les observer en spectateur en les laissant aller et partir ; vous constaterez que cette concentration sur vous-même arrête vos pensées et ce d’autant mieux que vous ralentirez votre respiration. Dans des cas où vous en aurez l’occasion, essayez de faire la même chose, le corps relaxé dans une posture allongée ou assise.

Si vous parvenez à maintenir l’état de spectateur de vous-même, les pensées ne viendront plus vous troubler, votre mental se détachera et se videra petit à petit. Pour renforcer la lutte contre ce flot incessant de pensées, il convient de fixer son mental sur sa respiration ou sur une image, en visualisant un paysage admiré par exemple. C’est ainsi que l’on acquiert le silence du mental, qui permet d’élever la conscience à l’état méditatif.

 

L’état de méditation

 

Dans l’état de profonde méditation, on perd la conscience du temps et de l’espace, de son corps et de ses sensations. L’état de conscience ainsi atteint est au-delà des émotions, de l’intellect ou de l’imagination. Dans le même temps, le cœur s’ouvre et déborde d’un amour rayonnant. On devient alors seulement conscient de l’être pur. Toute créature et le monde entier vibrent alors comme une conscience pure. Dans l’état de samadhi, état de super-conscience, le méditant abandonne le sens de son propre être et ne fait qu’un avec Dieu. C’est l’expérience spirituelle ultime.

 

 

Citation

 

«Celui qui est parvenu à la méditation s’efforcera constamment de rester en paix dans le Suprême, seul dans un lieu solitaire, son corps et ses pensées contrôlés, sans possession ni désir. Il placera dans un lieu propre un siège stable, ni trop haut, ni trop bas… Là, pour se purifier, il pratiquera la méditation, concentrant son esprit et maîtrisant sa pensée et ses sens, maintenant le corps, la tête, le cou droit et immobile, le regard fixé sur le bout du nez, sans regarder autour de soi.»

Bhagavad-Gîtâ, ch VI



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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 21:49

Devenir ami du temps, ce n’est pas seulement dégager plus de temps, mais également avoir un temps de qualité et se ressourcer. Quelques conseils simples des anciens peuvent nous être utiles aujourd’hui.

 

Texte

« Le temps s’enfuit » était la sentence que les Romains aimaient à graver dans le marbre des murs de leurs villas pour rappeler la condition éphémère de l’existence humaine.

Saturne (Chronos chez les Grecs) était le dieu du temps. Père indigne, il dévorait ses enfants, tel un ogre, pour ne pas être détrôné par sa progéniture. Avec sa longue faux, il devenait le précurseur de la mort qui nous emporte tous. Mais il était aussi le souverain de l’âge d’or, source d’abondance et de fécondité. Ainsi le temps prenait un double visage, ennemi ou ami selon les cas.

 

Le temps ennemi

Chacun de nous, en fonction de notre propre nature, rencontrons différents problèmes avec le temps, parfois les mêmes. Une liste non exhaustive nous suffira à nous en persuader. L’incapacité à faire tout ce que nous avons à faire, la difficulté à concilier vie personnelle et professionnelle, à commencer ou clore une tâche, à programmer avec des plannings utopiques ou trop remplis. De même notre incapacité à dire non, à limiter le temps accordé à une activité ou notre dispersion d’une activité à une autre. Et encore la difficulté à choisir, à gérer l’imprévu ou à agir autrement que dans l’urgence de la dernière minute. Et beaucoup d’autres situations rendent notre rapport au temps parfois douloureux, nous conduisant au stress et à la fébrilité.

 

Le temps ami

Aristote disait que le temps n’est que la succession des instants. Mais cette vision quantitative et linéaire du temps est la cause de nos angoisses et de nos frustrations. Elle fait que nous sommes préoccupés du nombre d’heures à notre disposition et rend difficiles à assumer les limites que nous oppose le temps. Nous avons du mal à vivre le présent en pensant au temps qui manque.

Le temps ami est un temps qualifié, que nous pouvons rendre fécond et riche, à l’image de Saturne maître de l’âge d’or. Rendre le temps ami nécessite un effort, car naturellement, si nous ne faisons rien, notre temps se dépense à des choses parfois futiles et inutiles. Nous avons alors un sentiment de vide, l’impression de n’avoir rien fait de notre temps.

 

Les choses importantes

Un maître zen qui enseignait à ses disciples, prit un seau et montra à ses élèves comment le remplir à ras bord de gros cailloux. Une fois plein, il leur dit : « peut-on y rajouter quelque chose ? » Puis, joignant le geste à la parole, il prit des graviers et les introduisit dans le seau. A la question suivante, il prit du sable et le versa dans le seau. Enfin, il y fit couler de l’eau. Il interrogea alors ses disciples : « quel enseignement tirez-vous de cette expérience ? » « Quand on pense qu’il n’y a plus de place, il y en a encore » répondit l’un d’entre eux. « C’est vrai, dit le maître, mais il y a quelque chose de plus profond encore. C’est que l’on ne peut mettre tout cela dans le seau que si l’on commence par les gros cailloux, puis les graviers et ainsi de suite. Dans la vie c’est pareil, il faut commencer par les choses importantes si l’on veut pouvoir réaliser toutes les choses que nous nous proposons de faire, les grandes comme les petites. »

Ainsi, si nous voulons faire beaucoup de choses, nous devons apprendre à sélectionner les choses importantes et à les placer avant les autres. Il s’agit donc d’établir des priorités. Gérer son temps nous amène à réfléchir aux choses qui comptent dans notre vie et à la place que nous voulons leur accorder. Hiérarchiser nos actions est une façon simple et efficace d’optimiser notre temps. En organisant nos actions dans un ordre simple et clair, nous pourrons donner une place à chacune.

 

La boucle du temps

Dans les anciennes civilisations, la façon d’apprivoiser le temps était de prendre en compte sa nature cyclique. La succession des jours et des nuits ou des saisons nous fait prendre conscience que le temps est courbe et qu’il passe par des phases semblables.

Nous aussi pouvons courber le temps pour le mettre à notre service. Car le temps traverse quatre phases, l’avenir, le présent et le passé, et une quatrième phase un peu mystérieuse, le non-temps, qui forme un cycle complet.

 

Conquérir l’avenir

L’avenir n’est pas « le fruit d’une trajectoire linéaire qui trouve son origine dans le passé et passe par le présent pour se prolonger. Il n’est donc pas question d’extrapoler le présent dans le futur, mais bien plutôt de se placer mentalement dans l’avenir pour le faire venir dans le présent. » Les philosophies et spiritualités orientales insistent pour cela sur la capacité de visualisation et les techniques de contemplation qui permettent de ressentir l’état qualitatif que l’on veut obtenir dans le futur.

S’organiser, planifier, programmer, sont aussi des façons de conquérir l’avenir, en envisageant le temps que nous allons attribuer à chaque chose, mais en restant mesuré, sans exagérer nos possibilités. Anticiper sur les choses à venir nous permet également souvent d’éviter de perdre du temps quand arrivent les situations escomptées. Penser à l’avance à quelque chose qui demande créativité est aussi une façon de gagner du temps car, au fil du temps, nous engrangeons les idées consciemment ou inconsciemment, jusqu’au jour où nous devons réaliser le travail.

 

Affronter le présent

Etre présent, c’est être attentif, et ceci permet d’allonger prodigieusement la vie.

Le présent exige de nous concentration et esprit de décision. Si notre conscience est dispersée, nous sautons d’un sujet à un autre, en dépensant beaucoup plus de temps que nécessaire. Au contraire, la concentration peut allonger les minutes de façon étonnante. De même, la difficulté à choisir entre une chose et une autre peut nous faire perdre beaucoup de temps. Il faut donc savoir choisir, sans précipitation, même si nous nous trompons dans nos décisions. Nous gagnerons plus de temps à corriger nos erreurs plutôt qu’à rester indécis à la croisée des chemins.

 

Tirer l’expérience

« Vivre, c’est changer le temps en expérience » disait un philosophe. Mais pour cela, il faut vivre les situations avec conscience. La conscience naît du regard que nous portons sur nos actions, donc de notre capacité à regarder et interpréter notre passé. Tirer l’expérience du vécu est le trésor du philosophe, de celui qui veut apprendre de ses réussites comme de ses échecs, pour préparer les changements du nouveau cycle. Mais pour cela, nous avons besoin d’un temps de régénération.

 

Se ressourcer

Dans notre journée, c’est le sommeil qui permet de digérer l’activité consciente, d’en tirer les conséquences et de nous préparer à une nouvelle action. Savoir se reposer demande un temps bien utilisé. Il faut programmer notre temps de repos, ce qui est parfois difficile car nous avons du mal à nous arrêter physiquement ou mentalement. Il ne suffit pas de disposer de plusieurs heures pour se délasser, mais il faut par contre que la conscience, en conjugaison avec le temps, puisse se dégager des sujets qui la tiennent occupée pour passer à d’autres oa à aucun en particulier.

 

Le respect et la compréhension de ces quatre phases nous permettra d’échapper à l’usure du temps et à maintenir, comme les Anciens le souhaitaient, une éternelle jeunesse, source de vitalité et d’enthousiasme.



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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 21:47
Le démon de Socrate

En 399 av. J.-C., Socrate, le plus grand philosophe d’Athènes, est condamné à boire la ciguë, pour crime d’impiété. Il est accusé d’introduire de nouveaux dieux dans la cité, car il invoque son daïmon, ou dieu intérieur.

 

Texte

 

Socrate prétendait poursuivre une tâche que le dieu lui-même lui avait assignée. Une « voix divine » qu’il appelle aussi son daïmon, s’adresse à lui, moins pour l’encourager à faire quelque chose, que pour le dissuader de s’orienter dans telle ou telle direction. Socrate lui prête une attention particulière en cherchant à se conformer scrupuleusement à ses instructions. Il peut s’agir d’une voix comme d’un signe, qui peuvent expliquer la façon singulière qu’il a de s’absenter parfois du dialogue ou de prendre certains égards, comme le poème qu’il adresse à Eros quand, dans le Phèdre, il perçoit le signe qui lui recommande de ne pas traverser l’Ilissos avant d’avoir apaisé le dieu par une palinodie (1).

 

Les dieux et les daïmons

 

« Platon a classé les êtres supérieurs répartis dans toute la nature en trois catégories et il a situé les dieux tout en haut. » (2) Les dieux n’ont aucun commerce avec les hommes. En tant que nature éternelle et parfaite, ils sont immuables et ne peuvent être affectés des événements qui se déroulent en ce bas monde, auxquels ils ne se mêlent d’ailleurs pas. A l’opposé des dieux sont les hommes, mélange d’âme immortelle et de corps mortel, totalement étrangers au monde des dieux avec lesquels ils ne peuvent nouer de relation personnelle. Mais une troisième catégorie des êtres supérieurs rend la communication avec les dieux possibles : ce sont les daïmons. Ils appartiennent à la hiérarchie divine intermédiaire, qui fait le relais entre les hommes et les dieux, jouant alternativement le rôle d’interprète ou de sauveur.

 

Le rôle des cultes

 

Ce sont eux qui sont représentés dans les mythologies, animés de sentiment affectueux ou haineux. Les tempêtes qui agitent ces divinités sont étrangères à la sérénité des dieux célestes, inaltérable par les circonstances extérieures. En revanche ces passions s’accordent avec la nature des daïmons. Par leur position intermédiaire, ils ont en commun avec ceux d’en haut, les dieux, l’immortalité et avec ceux d’en bas, les hommes, l’émotivité. Tout comme nous ils peuvent être sensibles aux apaisements ou aux excitants de l’âme. C’est la raison pour laquelle il faut être attentif aux différentes formes de cultes et de rites appropriés à ces divinités qui permet de se concilier leurs faveurs.

 

Révélations et prodiges

Dans le Banquet, Platon explique que les démons sont à l’origine des révélations, et qu’ils règlent les divers prodiges de la magie tout comme les présages de toute sorte. En effet, certains d’entre eux sont affectés à des champs de compétence précis, comme donner forme aux rêves, fissurer les viscères, orienter le vol des oiseaux, inspirer les devins ou régir toute forme de signe qui nous permet d’interpréter l’avenir. Si tous ces phénomènes découlent de la volonté, de la puissance et de l’autorité des dieux du ciel, c’est grâce à l’obéissance et à l’activité des daïmons qu’ils se réalisent.

 

Le daïmon et l’âme humaine

Selon d’autres acceptions, on appelle aussi daïmon l’âme humaine tant qu’elle habite encore le corps (3). L’âme qui désire le bien est considérée comme un dieu bon. C’est la raison pour laquelle on appelle « eudémones » (4) les gens heureux dont le bon démon, c'est-à-dire l’âme, est parfaitement vertueux. Dans les temps modernes, ce daïmon est devenu la voix de notre conscience. Il est alors tout à la fois conscience de soi et conscience morale, principe de responsabilité et connaissance intérieure. Tel un guide qui montre la voie, il est capable de nous révéler nos véritables intentions et d’en éclairer la valeur morale. Lorsque l’âme humaine rompt son contrat avec le corps, elle peut prendre deux visages : un aspect bienveillant qui la fait veiller aux destinées de la maisonnée et de ses descendants. C’est alors le dieu Lare qui protège la maison. L’autre aspect est maléfique, car l’âme, en raison des méfaits commis de son vivant est condamnée à errer sans fin. Ce sont les Larves.

 

L’ange gardien

 

Il existe une catégorie de daïmons supérieurs, libres de toutes entraves et attaches corporelles, parmi lesquels Eros (Amour) (5) et Sommeil (Hypnos). Eros et Hypnos ont des pouvoirs opposés : celui de tenir éveillé (Eros) ou d’endormir (Hypnos). C’est à ce groupe qu’appartiennent, selon Platon, les gardiens attribués à chaque être humain tout au long de sa vie, comme témoins vigilants de ses moindres actes et pensées. Après la mort, c’est lui qui nous amène devant le tribunal du jugement de notre conscience et son témoignage est décisif pour la sentence. Nous retrouvons cet ange gardien dans le Coran qui dit que « toute âme a un gardien qui la surveille » (S LXXXVI,4) notant exactement ses paroles (L17), consignant tous ses secrets par écrit (S XLIII,80) pour lui rappeler ses moindres faits au jour du jugement. Dans la Chrétienté médiévale, l’ange gardien est le compagnon mystique et initiatique du moine et sa présence se poursuit au purgatoire et lors de la pesée des âmes (6).

 

Le daïmon du sage

 

Mais c’est seulement lorsque l’homme tente de se rendre semblable aux dieux qu’il peut éveiller en lui la puissance prophétique de son dieu intérieur. « En réalité, le nouveau dieu qu’introduit Socrate à Athènes est celui de la conscience individuelle, fondement de la liberté intérieure et de la dignité humaine » (7). Si nous cherchons à le connaître et à l’honorer à la manière de Socrate, il nous accordera prévoyance dans les situations incertaines, conseils dans les moments difficiles, protection dans le danger, et sa présence pourra même corriger la Fortune. Loin de se substituer au jugement du philosophe, le daïmon est donc le complément indispensable à sa sagesse, lui procurant l’équilibre quand l’hésitation le fait boiter.

 

 

 

(1) Platon, Phèdre, XX

(2) Apulée, Le démon de Socrate, Rivages poche, petite bibliothèque Payot, 1993

(3) C’est la raison pour laquelle Apulée traduit daïmon en latin, par génie, qui reflète la notion d’engendrement.

(4) pour les Grecs le bonheur est « eudémonie »

(6) voir l'article sur Saint Michel Archange dans la rubrique "christianisme"
(7) Fernand Schwarz, la philosophie de Socrate, Editions des 3 Monts, 2005

 

 

Citations

 

« Athéniens, je vous honore et je vous aime, mais j’obéirai plutôt au dieu (daïmon) qu’à vous ; et tant que je respirerai et que j’aurai un peu de force, je ne cesserai de m’appliquer à  la philosophie. »

Platon, Apologie de Socrate

 

« Ce que les gens ne veulent surtout pas paraître ignorer, ils négligent pourtant de l’apprendre. Vérifie leurs dépenses quotidiennes et tu verras que leurs comptes font état de quantité de dépenses inconsidérées mais jamais pour eux-mêmes, je veux dire pour le culte de leur propre démon, culte qui n’est autre qu’un serment de fidélité envers la philosophie. »

Apulée,  Le démon de Socrate



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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 21:30

Grâce aux études de Henry Corbin, l’Occident a découvert la richesse de la pensée musulmane dans l’approche de l’imagination qui, loin d’être limitée à une simple fonction psychologique, apparaît comme un véritable outil métaphysique : l’imagination active nous rendant capables de développer une vision de nous-mêmes et du monde.

 

Pour les philosophes arabes, comme Sohravardi ou Ibn Arabi, l’imagination se définit comme un monde intermédiaire entre le monde intelligible pur et le monde de la perception sensible. C’est un entre-deux, le barzakh, également désigné par l’expression coranique « le confluent des deux mers ». Ibn Arabi développe une véritable métaphysique de l’imagination. Pour lui, le monde imaginal est le monde dans lequel toute chose qui apparaît inanimée dans ce monde devient vivante.

 

L’imagination active

 

Selon Sohravardi, l’imagination a un double visage et une double fonction. D’une part, il nous présente l’imagination passive, recueillant les images du sensorium, ou miroir des perceptions recueillies par les sens externes. D’autre part il décrit l’imagination active. Elle-même est double. D’un côté elle se déchaîne sans contrôle de la raison : elle peut être assimilée à ce que nous appellons aujourd’hui fantaisie et que Paracelse a bien décrit comme phantaisie. De l’autre, elle peut se mettre au service de l’intellect supérieur, et devient cogitative ou méditative. De ce fait, et par un travail de purification approprié et une bonne maîtrise de l’intellect, elle peut faire se refléter dans le miroir, le sensorium, une perception visionnaire. On parlera d’illumination spirituelle, d’images intellectives ou métaphysiques.

 

Une réalité symbolique

 

Dans ce plan, on se trouve hors du devenir et de la réalité temporelle. Cette réalité transcendante se réfléchit dans l’âme sous forme de symboles. Le symbole n’est pas là pour cacher mais pour manifester une réalité inaccessible. L’image symbolique à laquelle l’imagination active purifiée donne accès, forme un tout. Elle est unité et temps, car elle donne accès à l’universel.

 

Alchimie spirituelle

 

La redécouverte de la valeur noétique et de la fonction médiatrice de l’image et de l’imagination est d’une importance capitale. En effet, l’imagination active est essentielle pour l’alchimie spirituelle, c’est-à-dire pour l’efficacité de l’opération de transmutation de l’homme intérieur. Car l’imagination active comme organe de la médiation, permet l’union mystique et de réunir les contraires dans une nouvelle unité. Pour cela l’homme doit modeler son être intérieur par l’ascèse purificatrice qui le rend capable d’affiner ses perceptions et d’éveiller l’imagination active.

Selon Henry Corbin, ce pouvoir contemplatif «conditionne une expérience spirituelle fondamentale » (1) : il construit le Temple qui, dressé dans l’imaginal, devient ainsi Porte du Ciel. Mais aujourd’hui, ce pouvoir nous échappe en grande partie parce que depuis plusieurs siècles la formation intérieure et philosophique est « un continent perdu ».

 

 

(1) Henry Corbin, Temple et contemplation, préface de Gilbert Durand, Entrelacs, 2007



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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 21:25

Dans toutes les traditions, le temple se présente comme le lieu de la présence divine. Il est une porte vers le Ciel, visible comme invisible.

 

Le mot latin templus signifiait tout d’abord un vaste espace découvert de toutes parts sur l’horizon alentour ; puis il désigna plus particulièrement l’espace du ciel où l’on peut observer le vol des oiseaux pour l’interpréter. Finalement il nomma le sanctuaire, lieu de la présence divine. Son étymologie fait donc du temple à la fois un lieu de vision et d’habitation divine.

 

Le temple de la nature

 

Dans l’Antiquité, le temple est la nature elle-même. Sénèque (des Bienfaits) interroge : «qu’est-ce que la nature, sinon Dieu lui-même ?».  Pline l’Ancien dans son Histoire naturelle rajoute : «Le monde est sacré». Manilius (1er siècle) dans ses Astronomica explique que «le monde lui aussi est un sanctuaire». Pour Plutarque, «le monde est un temple très saint. L’homme y pénètre le jour de sa naissance et il y contemple les objets fabriqués, dit Platon,  par l’Intellect divin pour être des copies des intelligibles». Le monde «est un temple rempli d’une présence divine, un temple où l’on doit se conduire avec la sainte révérence d’un initié.» Pour Philon d’Alexandrie et Plutarque, la vie du philosophe est une « fête spirituelle » contemplant dans le temple qu’est le monde ces mystères que sont les œuvres de la Nature, les beautés du ciel et de la terre.

 

Les mystères d’Eleusis

 

Les orphiques comme Sénèque, assimilent la pénétration du temple de la nature à la révélation progressive des mystères d’Eleusis. Cléanthe compare « la religion cosmique à une initiation.» Aristote, à propos des mystères d’Eleusis déclare que « le premier effet de l’initiation dans le temple mystique du monde n’est pas une connaissance, mais une impression, un sentiment de crainte révérencielle et d’admiration à la vue du divin spectacle offert par le monde visible. » Cette contemplation de la nature qui, selon Sénèque, fait voir les choses d’en haut et affranchit de toute pensée basse, permet de répondre à l’aspiration de l’âme à se libérer de la prison du corps pour prendre son essor dans les vastes espaces du ciel et de la terre.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                             

 La crypte du temple

 

Car le monde visible n’est pas seulement un temple. Il est, paradoxalement, la crypte du temple, selon l’expression de Henry Corbin (1). Dans la crypte, l’homme est «exilé», comme l’explique le philosophe arabe Sohrawardi (12e siècle), reprenant sous une forme imagée la célèbre allégorie de la caverne de Platon. Cette entrée dans la caverne, cet exil est dans d’autres traditions symboliquement représenté par la destruction du Temple. L’initiation consiste à sortir de la crypte pour accéder au Temple, c'est-à-dire à se libérer des attaches sensuelles qui rendent l’homme prisonnier d’une illusion, d’un reflet ou encore d’une maya selon l’expression orientale.             

 

Un monde orienté

 

Le temple est le ciel de l’homme et du monde. La capacité de se représenter le ciel spirituel donne une orientation au monde, qui n’est pas géographique mais métaphysique. Le monde a un Orient, lieu de la naissance de la lumière, il a un haut et un bas. Le bas est la crypte du temple cosmique où l’homme est présentement exilé. Le haut est la montagne de la sagesse où trône la lumière de l’esprit, que l’homme doit escalader pour atteindre le sommet qui est à la fois l’au-delà et le sommet de lui-même. Pour trouver le chemin, l’homme doit se retirer dans son temple intérieur, par les yeux de l’imagination active, qui lui permet de reprendre conscience de ses origines véritables.

 

Le double temple

 

Le temple n’est donc pas simplement un habitacle matériel, extérieur. Pour Philon, on peut considérer qu’il y a un double temple cosmique, parce que le cosmos comprend le cosmos sensible «qui est le temple des natures perçues par les sens» et un cosmos intelligible «qui est le temple consacré des natures invisibles» (3) ce qui donna lieu dans la tradition chrétienne au concept de Jérusalem céleste et Jérusalem terrestre.

 

L’âme est un temple

 

Si le macrocosme est un temple, par analogie, le microcosme humain l’est également. L’âme est donc un  temple, en raison de son analogie avec le cosmos, et l’homme est le siège de la lumière spirituelle, tout comme le temple édifice est le siège de la présence divine. Au cœur de chacun se trouve un sanctuaire que Sohravardi désigne comme une « loge ». C’est là que s’opère la rencontre avec l’esprit, la contemplation, qui est l’acte d’entrer dans le temple. Philon dans son traité des Chérubins, décrit l’âme comme un palais prêt à recevoir Dieu.

 

La chevalerie templière

 

Chez les Templiers, le Temple de Salomon est présenté comme le symbole extérieur du temple intérieur à la construction duquel l’ordre était voué depuis l’origine. La construction du temple, intérieur et extérieur, donna naissance à une longue tradition de bâtisseurs compagnons chevaliers s’inscrivant dans une quête spirituelle et initiatique. Car pour construire le temple, il est nécessaire que l’homme devienne lui-même ce temple. «Devenir homme-temple, selon l’expression de Henry Corbin, c’est être soi-même espace de contemplation, et partant, espace consacré.»

 

Le temple intérieur

 

La contemplation fait appel à l’imagination symbolique. L’image du temple (Imago Templi) ou image symbolique libère l’homme de la subjectivité et de la fantaisie. C’est l’image du temple éternel, qu’il s’appelle Temple de Salomon, Mandala, Château du Saint Graal ou «Loge». Car il ne saurait y avoir de contemplation sans «temple».

  

Comme l’écrivait il y a quelques années Fernand Schwarz (4), «Architecture et calendriers ne sont que les projections formelles de réalités structurelles invisibles qui gouvernent l’harmonie du cosmos. Ils permettent au résident impalpable de nos consciences de s’affirmer à l’existence éternelle.»

 

Mais, dans nos sociétés occidentales modernes, la perte de l’imagination, cet espace médiateur qui relie l’homme à Dieu, a fermé les portes du temple. L’enjeu de notre époque est de les rouvrir. De l’intérieur.

 

 

(1)  Henry Corbin, Temple et contemplation, entrelacs, 2007

(2)  Cité par Henri Corbin  p337

(3)  Cité par Henri Corbin  p377

(4)  Le Lieu du Temple, géographique sacrée et initiation, Question de, Albin Michel, 1988

 

A lire également

Pierre Hadot, le voile d’Isis, essai sur l’histoire de l’idée de Nature, nrf essais, Gallimard, 2004



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